Un SDF est mort

Et voilà l’annonce qui est faite : « un SDF armé d’un couteau abattu par un policier ». Et voilà surtout à quoi notre conscience de riches – ou de moins riches – nous conduit. Une erreur inqualifiable.

Le journal concerné pour un article étrangement titré

Qui veut en faire un meurtrier ?

Mais un SDF sans couteau : comment mangera-t-il ? Comment protégera-t-il les quelques euros qu’il a en poche pour manger demain ? Les mots ont leur importance… d’autant qu’il tentait de mettre fin à ses jours. On aurait pu dire : « un SDF est mort ; il avait un couteau de poche ». Non, on a dit qu’il était « armé ».

Et si l’on se posait la question de l’existence des SDF ? D’où viennent-ils ? Qu’a donc fait la société pour tuer ces hommes ?

Oh ! visiblement rien. Ces SDF font partie des accidents de la vie. C’est comme au service militaire, on a droit à 1% d’accidents de jeunes recrues pour les former ; c’était la norme.

Qui pour tendre la main ?

Je vais vous raconter ce qu’il m’est arrivé. J’étais alors étudiant dans une Grande École de Paris et nous en portions tous le signe distinctif à la boutonnière. Un jour, en me rendant au restaurant universitaire « le Mabillon », près de l’Odéon, accompagné de quelques autres étudiants, nous avons trouvé à terre un homme d’une cinquantaine d’années allongé sur une simple couverture. Nous voyant arriver, il se lève et nous dit : « vous êtes à telle école et comment va notre professeur de math ? et notre professeur d’électricité, en citant leur nom. Nous avons alors compris que lui aussi était sorti de cette école. Nous lui posions alors la question sur ce qui lui était arrivé.

Il nous raconta alors qu’il avait 22 ans quand la guerre est arrivée, il était marié, père de deux enfants, et quand il est revenu après la guerre, plus de femme, plus d’enfants, plus de famille, ils étaient morts sous les bombes : « je n’ai plus eu la force de me redresser et je suis devenu SDF ; ce fut ma dernière maison, le pavé des rues de Paris ».

Malheureusement c’est le cas de nombreux SDF qui ont rencontré dans leur vie un problème et personne ne leur a tendu la main. Ils sont les laissés pour compte de la société et bien souvent l’alcool fera le reste.

Réfléchissons ensemble sur le sort des SDF avec ou sans couteau, avec un chien qu’il nourrit plutôt que de se nourrir lui-même ; disons-nous d’abord que nous avons eu beaucoup de chance et interrogeons-nous si nous avons nous-mêmes tendu la main à ces SDF ?

Notre société est-elle devenue si égoïste que même en France un SDF meurt sur le bord de la route ? Alors, de là à dire « il était armé », c’est vraiment une réflexion d’imbécile, un raisonnement de riches. Son couteau lui servait uniquement à manger.

4 réflexions au sujet de “Un SDF est mort”

  1. Nous qui vous lisons, sommes au même niveau qu’un SDF mais nos élus ne lisent pas les mêmes rubriques et nous voudrions bien les contraindre a agir…. par pétition reconnue d’utilité publique!

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